EROTISME

Les enchères du bon plaisir. Toute sa vie, Monsieur F., discret industriel en bijouterie

d'une petite ville de province, avait amassé dans son très secret cabinet d'amateur une

sulfureuse collection de " curiosa " : statuettes érotiques, bronzes évocateurs, estampes japonaises,

peintures lascives, dessins coquins, photographies grivoises, monceaux de films et de livres libertins.

Et, l'âge venant, il décida à 70 ans de se séparer de ce vénéneux trésor qui aurait beaucoup

embarrassé sa vertueuse famille. C'est cet ensemble que dispersait à l'hôtel Drouot Me Guy Loudmer.

Les 563 lots et plus de 2 000 livres étaient adjugés pour un total de près de 2 millions de francs

à des amateurs, français pour la moitié, l'autre moitié étant composée de Britanniques, de Suisses

et d'Allemands. La vente était guettée à travers le monde par le petit nombre de vrais passionnés

de curiosa: une dizaine de grands connaisseurs, une centaine de chasseurs moyens, un millier de

collectionneurs. Les mêmes ou presque qui avaient suivi depuis 1976 la mise aux enchères du

butin très leste de Michel Simon, des oeuvres érotiques entassées par les sexologues américains

Eberhard et Phyllis Kronhausen, ou, plus esthétique, du " musée de l'amour " de Roger Peyrefitte.

Mais cette profusion d'oeuvres d'art du pire et du meilleur un peu trop populaires sans doute à leur goût,

n'a pas repu les plus fins connaisseurs. L'autre dimanche, beaucoup s'étaient retrouvés à

L'Isle-Adam, où Jean-Marc Elkaïm, avec l'expert Michel Ozenne, vendait aux enchères des tableaux

des XIX' et XXe siècles d'un " érotisme sans frontières ", oeuvres françaises de Léonor Fini, Touchagues,

Cocteau, ou grecques, belges, allemandes, russes, espagnoles, américaines.

Plusieurs se sont donné rendez-vous à Drouot, où Hervé Poulain adjugera le " fauteuil d'amour ",

qui avait fait partie du mobilier de la chambre " Edouard VII" de la célèbre maison close parisienne

d'avant guerre, le Chabanais. En 1951, Me Maurice Rheims l'avait déjà mis en vente.

Le fauteuil avait trouvé preneur à 32 000 francs. Les paris sur les futures enchères sont ouverts.